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Relation entre la méthode d’éducation et l’attachement du chien envers son propriétaire


Cet article n’est pas une publication scientifique, il s’agit d’un résumé-vulgarisation en français de la publication Vieira de Castro et al. (2019) dont la référence exacte figure en bas de page. Je m’efforce de présenter ce travail de manière fidèle et objective puis de proposer à la fin de l’article une petite analyse critique personnelle, se voulant objective aussi, ma volonté n’étant pas du tout de critiquer le travail réalisé.

J’ai choisi de traduire le terme « owner » par “propriétaire” afin de coller au plus près l’esprit de l’article. Cependant, il ne s’agit pas nécessairement du propriétaire légal du chien mais de la personne qui s’en occupe le plus.

Les termes ou expressions suivis d’un astérisque sont expliqués en bas de cet article.

UN PEU DE CONTEXTE

L’attachement a tout d’abord été décrit chez l’enfant, mais il a été démontré que ses mécanismes sont similaires chez le chien. Trois facteurs ont été définis comme caractéristiques de l’attachement envers, en général, la mère, ou la personne qui prend soin, et qui est alors appelée « figure d’attachement » :

  1. La volonté de maintenir le contact avec la figure d’attachement

  2. La détresse lors de la séparation avec la figure d’attachement

  3. Le déclenchement de comportements de jeu et d’exploration en présence de la figure d’attachement. Celle-ci est une « base sécurisée » près de laquelle il est possible de jouer et à partir de laquelle l’enfant peut explorer l’environnement tout en pouvant revenir se rassurer.


Une méthode d’évaluation de l’attachement a été mise en place chez l’enfant et est appelée « le test de la situation étrange d’Ainsworth » (« Ainsworth strange situation test » ou ASST, ) : l’enfant est laissé dans une pièce inconnue avec ou sans la personne qui s’en occupe et avec ou sans une autre personne inconnue (Ainsworth and Bell, 1970). Ses comportements en présence, en absence, au départ ou au retour de ces deux personnes sont observés et on obtient une échelle allant de « en confiance » à « pas en confiance » par rapport à la présumée figure d’attachement. Cela permet d’ailleurs de savoir s’il existe réellement un lien d’attachement. Il a été montré que ce test est applicable au chien avec à peu près la même gamme de comportements entre « en confiance » et « pas en confiance » (voire image ci-dessous).

Flèche montrant l'évolution du comportement du chien en fonction de son attachement envers son humain. Cela est étudié en corrélation avec la méthode d'éducation canine positive
Comportements exprimés par le chien envers son propriétaire en fonction de son attachement pour celui-ci.

Cette étude a pour volonté d’évaluer objectivement l’attachement du chien envers son propriétaire grâce au test de la situation étrange d’Ainsworth. 


CE QUI A ETE FAIT

Des couples chien - propriétaire, au nombre de 34, ont été recrutés dans six écoles d’éducation canine. Des leçons ont été filmées et les méthodes utilisées ont été classées comme « coercitives » ou « basées sur la récompense » (qu’on appellera pour plus de simplicité « positives »). La moitié des couples (donc 17 si vous n’avez pas envie de faire l’effort de calculer) a été recrutée dans les écoles aux méthodes « coercitives », on appellera le groupe C, et l’autre moitié (encore 17) dans les écoles aux méthodes « positives », qu’on appellera groupe P.

Des pièces inconnues de tous ont été préparées avec des chaises et des jouets notamment. Chaque chien est entré dans la pièce avec son propriétaire, qui a ensuite dû suivre des consignes concernant ses entrées et sorties. Une personne inconnue devait aussi entrer et sortir de la pièce à différents moments. Les entrées et sorties des 2 humains ont été faites sous forme d’épisodes et selon 2 ordres que je vous présente dans le tableau ci-dessous. Les scènes ont été filmées puis les comportements des chiens envers leur propriétaire ou envers l’inconnu ont été analysés et comparés statistiquement.

Impact de la méthode d'education canine sur l'attachement du chien envers son maitre : tableau décrivant la circulation des chiens et des humains dans l'expérience
Circulation dans la pièce des chiens, de leurs propriétaires et des inconnus au cours de l'expérience.

LES RESULTATS

Les comportements ont été classés en trois catégories liées aux 3 facteurs caractéristiques de l’attachement décrits au tout début de cet article : la volonté de maintenir le contact (recherche de proximité et initiation de contact physique), la détresse de séparation (attendre à la porte, fixer la porte et pleurer) et l’effet “base sécurisée” (jouer et explorer en présence de la personne). On ajoute également le fait d’accueillir la personne à son retour et de la suivre à son départ.

Maintien du contact


Quelle que soit la méthode éducative, les chiens recherchent plus la proximité de leur propriétaire que de l’inconnu. 


Concernant le temps passé en contact physique avec les humains, les résultats pour le groupe en éducation positive (P) dépendent de l’ordre des entrées et sorties des deux humains. Pour le groupe en éducation coercitive (C), il semble de manière générale y avoir une préférence pour le propriétaire, mais la différence n’est significative* que dans un seul épisode : lorsque le propriétaire revient après s’être absenté pendant 2 épisodes entiers. Cependant, les auteurs de cette étude supposent que ces résultats mitigés sont dus à des temps de contact trop faibles pour que des différences significatives soient visibles.

Détresse lors de la séparation


Les chiens du groupe P passent toujours plus de temps à attendre à la porte lorsque leur propriétaire est absent que lorsque l’inconnu est absent. Pour le groupe C, cette différence n’est pas toujours significative mais uniquement dans le cas où les chiens sont seuls avec leur propriétaire sans avoir encore rencontré l’inconnu. 

De même, les chiens du groupe P passent plus de temps à fixer la porte lorsque leur propriétaire est parti et qu’ils sont seuls avec l’inconnu que l’inverse. Pour le groupe C, les résultats sont similaires mais la différence n’est encore une fois significative que dans un seul des deux ordres.


Enfin, de manière générale dans les deux groupes, les chiens semblent plus pleurer à la porte en l’absence de leur propriétaire que de l’inconnu. Cependant, l’ordre des épisodes joue beaucoup et cela peut être dû au fait que le temps total que les chiens ont passé à pleurer est faible. En effet, pour le groupe P, la différence n’est significative que lorsque le propriétaire n’entre dans la pièce pour déposer son chien et repartir tout de suite (ordre 2). En revanche, pour le groupe C, la différence n’est pas significative dans l’ordre 2, mais dans les deux épisodes de l’ordre 1 où le chien est laissé seul avec l’inconnu.

Effet “base sécurisée”


Dans le contexte de l’expérience, le comportement d’exploration ne semble pas représentatif de l’attachement des chiens envers leurs propriétaires. En effet, pour les deux groupes, les chiens passent plus de temps à explorer lorsqu'ils sont seuls avec leur propriétaire dans un ordre, et plus de temps à explorer lorsqu’ils sont seuls avec l’inconnu dans l’autre ordre. Cela semble plutôt dépendre du temps déjà passé dans la pièce que de la personne présente. Les auteurs ont donc vérifié cette hypothèse en inversant propriétaire et inconnu dans les deux ordres et ont constaté que cet effet a été supprimé pour les chiens du groupe C, et inversé pour les chiens du groupe P : ils ont plus exploré lorsque seuls avec l’inconnu au tout début de l’expérience. De plus, on peut imaginer qu’il est possible que les chiens explorent plus en l’absence de leur propriétaire parce qu’ils cherchent comment le rejoindre. D’autres études (Prato-Previde et al., 2003 ; Topal et al., 2005 ; Rehn et al., 2013) ne sont pas non plus parvenues à montrer une différence d’exploration en fonction de la présence de l’inconnu ou de la figure d’attachement.


Ensuite, il a été observé que les chiens du groupe P ne jouent pas dans l’ordre 1 mais passent plus de temps à jouer avec leur propriétaire que l’inconnu dans l’ordre 2. Les auteurs expliquent ce résultat par le fait qu’il y ait deux moments d’absence du propriétaire dans l’ordre 2 et que les chiens demanderaient donc plus à interagir pendant les temps de présence. Ce phénomène est, selon eux, typique des mécanismes de l’attachement. Dans le groupe C, il n’y a pas de différence significative de temps de jeu même s’il semblerait que les chiens préfèrent jouer avec leur propriétaire plutôt qu’avec l’inconnu, dans l’ordre 2 également. Pour expliquer la différence de comportement entre les deux groupes, on pourrait dire que, le jeu étant souvent utilisé comme renforçateur en éducation positive, les chiens éduqués ainsi ont plus l’habitude de jouer avec leurs humains. Cependant, les chiens du groupe P ont été recrutés dans trois écoles qui utilisent le jeu différemment (souvent, peu ou pas du tout). Pourtant, il n’a pas été mesuré de différence de temps de jeu entre les chiens de ces différentes écoles. On peut donc en conclure que la méthode éducative influence bien la volonté du chien de jouer avec son propriétaire.


L’accueil de la figure d’attachement après une séparation a été considéré par plusieurs études sur l’humain comme le comportement le plus démonstratif de l’attachement. Les chiens du groupe P accueillent plus leur propriétaire que l’inconnu dans l’ordre 2 mais pas dans l’ordre 1, probablement parce que le temps d’absence est plus long dans l’ordre 2. Par contre, il n’y a pas de différence pour les chiens du groupe C, quel que soit l’ordre.

Enfin, les chiens suivent plus leur propriétaire que l’inconnu lorsqu’ils quittent la pièce dans l’ordre 2 mais pas dans l’ordre 1. Cela peut s’expliquer par le fait que, dans l’ordre 1, le chien est laissé avec l’inconnu alors que dans l’ordre 2 il est laissé seul lorsque son propriétaire part. Cela montre que le chien cherche à garder le contact avec quiconque cherche à le laisser seul. Dans le groupe C, la différence n’est pas significative.

CONCLUSION

L’utilisation d’une méthode standardisée montre que, même si les résultats des deux groupes sont similaires pour différentes mesures, l’existence d’un lien d’attachement entre le chien et son propriétaire est plus évidente lorsque les chiens ont été éduqués par des méthodes basées sur la récompense que par des méthodes coercitives. 


Des études précédentes (Fallani et al., 2016 ; Mariti et al., 2013 ; Scandurra et al., 2016) ne sont pas parvenues à montrer de différence d’attachement envers leur propriétaire entre les chiens entrainés positivement et des chiens non entrainés. On peut donc supposer que ce n’est pas l’éducation positive qui génère un attachement mais l’éducation coercitive qui empêche le chien de considérer son propriétaire comme une “base sécurisée”.

MES REMARQUES

Bien que les auteurs en soient conscients, une première remarque concerne la taille de l’échantillon : le nombre de couples étudiés pour chaque méthode éducative est trop faible pour que les résultats aient une réelle signification au niveau statistique. Cela se voit d’ailleurs à plusieurs endroits lorsque les comportements observés sont assez rares parmi les sujets étudiés (comme le fait de pleurer, ou lorsque les chiens ne jouent pas dans l’ordre 1).

D’autre part, je suis consciente qu’il s’agit de la méthode standardisée choisie mais je regrette que la comparaison statistique soit uniquement faite entre les comportements exprimés envers le propriétaire et ceux exprimés envers l’inconnu, et non entre les comportements exprimés envers le propriétaire ou l’inconnu par chacun des deux groupes. Par exemple : est-ce que les chiens du groupe P passent plus de temps à jouer avec leur propriétaire que ceux du groupe C. Cependant, ces résultats peuvent être observés tels quels dans la publication et libre à chacun de faire sa propre analyse statistique.

REFERENCES


Article décortiqué ici :

Vieira de Castro A. C., Barrett J., de Sousa L., Olsson A. S., 2019. Carrot versus sticks: The relationship between training method and dog-owner attachment. Applied Animal Behaviour Science 219 104831.


Certaines des références citées dans la publication étudiée :


Ainsworth, M.D.S., Bell, S.M., 1970. Attachment, exploration, and separation: illustrated by the behaviour of one-year-olds in a strange situation. Child Development 41 (1), 49-67.


Fallani, G., Prato-Previde, E., Valsecchi, P., 2006. Do disrupted early attachment addect the relationship between guide dogs and bling owners? Applied Animal Behaviour Science 100, 241-257.


Mariti C., Ricci E., Zilocchi, M., Gazzano, A., 2013. Owners as a secure base for their dogs. Behaviour 150 (11), 1275-1294.


Prato-Previde, E., Custance, D.M., Spiezio, C., Sabatini, F. Is the dog-humain relationship an attachment bond? An observational study using Ainsworth's Strange Situation, 2003. Behaviour 140 (2), 225-254.


Rehn, T., McGowan, R.T.S., Keeling, L.J., 2013. Evaluating the Strange Situation Procedure (SSP) to assess the bond between dogs and humans. PLoS One 8 (2), e56938.


Scandurra, A., Alterisio, A., D'aniello, B., 2016. Behavioural effects of training on water rescue dogs in the Strange Situation Test. Applied Animal Behaviour Science 174, 121-127.


Topal, J., Gacsi, M., Miklosi, A., Viranyi, Z., Kubinyi, E., Csanyi, V., 2005. Attachment to humans: a comparative study on hand-reared wolves and differently socialized dog puppies. Animal Behaviour 10 (6), 1367-1375.



* Différence significative : cette expression est liée à l’analyse statistique des résultats. En effet, lorsqu’un test statistique est réalisé pour comparer deux jeux de données, une valeur seuil est choisie et permet de dire si la différence observée a une signification au niveau statistique ou non. Parfois, selon la taille de l’échantillon considéré, et selon les seuils choisis, une différence peut être visible par l’observateur mais ne pas avoir de réelle signification au niveau statistique. Par exemple, imaginons une étude étudiant 1000 labradors et 1000 bergers australiens et qui s’intéresse au nombre de chiens qui dorment sur le canapé. Si on obtenait 584 pour les labradors, et 585 pour les bergers australiens, pourrait-on en conclure que les propriétaires de bergers australiens laissent plus leurs chiens dormir sur les canapés ? Il faudrait réaliser un test pour déterminer si la différence observée est significative, et ici, vue la taille de l’échantillon, il y a fort à parier que ce ne serait pas le cas.



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