Le Chien Finnois de Laponie vu par... Fleur, éleveuse

Dernière mise à jour : 19 janv. 2021

Fleur est une jeune éleveuse de Chiens Finnois de Laponie implantée en Bretagne sous le nom d’Elevage de la Maison des Pehmokoiran (coordonnées à la fin de l’article). Elle a accepté de répondre à mes questions sur cette race qui lui est chère.



Quel est le nom exact de la race ?


Le nom officiel en France est Chien Finnois de Laponie, à distinguer du Berger Finnois de Laponie, mais on fait souvent référence à lui, en France comme à l’étranger, sous le nom de Lapinkoira. « Lapin- » correspond à la Laponie, sa région d’origine, et « -koira » signifie chien en finlandais. Ils sont aussi souvent surnommés Lapins, à la fois en référence à leur nom et à leur façon de courir, sautillante, qui fait penser au rongeur du même nom.


Avec quelle autre race ne faut-il pas les confondre ?


Avec le Berger Finnois de Laponie. Ce sont deux races très proches, qui n’ont été distinguées qu’en 1967. Le Berger Finnois, ou Lapinporokoira, a été sélectionné pour le travail sur troupeau de rennes : c’est un chien de travail avec un grand besoin d’activité, il est plus fin et a un poil plus court que le Chien Finnois qui est plus adapté à la vie de chien de compagnie. Il peut en effet travailler un peu sur troupeau mais plutôt en loisir, car il est moins endurant et moins performant.


Peux-tu me donner une définition physique qui permettrait à un néophyte d'identifier facilement un Chien Finnois de Laponie ?

Pas la robe en tout cas ! Il y a une grande variété de robes et de marquages. Il n’y a pas deux chiens identiques et c’est assez imprévisible au niveau génétique. D’ailleurs, ça ne sert à rien de demander une couleur particulière à un éleveur, il ne peut pas agir dessus et, en plus, ça change avec l’âge.


Ensuite, les Lapinkoira sont des chiens à poil long et très dense.


Ils ne sont pas très hauts, plutôt trapus mais quand même équilibrés car ils doivent être en forme pour vivre dans leur milieu d’origine, très froid. C’est un effet de la sélection naturelle pour cette race, avec ses cousins suédois et norvégiens, de plus de 1000 ans !

Ils ont de petites oreilles triangulaires et un museau plutôt allongé (par rapport aux molosses par exemple).


Enfin, comme les autres chiens de type Spitz, la queue remonte sur le dos quand ils trottent.

Et pour finir, ils ont une démarche sautillante et un facies de clown !


Pourquoi as-tu choisi cette race ?


J’ai vécu en Finlande, j’en ai croisé là-bas et je me suis dit « C’est quoi ce husky minuscule ? ». Et à force d’en voir je me suis renseignée sur la race.


Les Lapinkoira ont beaucoup de qualités pour la vie de famille et la vie en société. Ils sont actifs mais, par exemple par rapport au husky, leur besoin d’activité est raisonnable. Bien sûr, même si le Chien finnois de Laponie n’est pas aussi athlétique que son cousin le Berger Finnois, il demeure un chien actif qui a soif d’aventure. Une sortie quotidienne et la pratique d’une activité ou de balades collectives seront nécessaires à son épanouissement.


Ensuite, ce sont des chiens proches de leur famille et pas exclusifs. Ils sont vraiment attachés à toute la famille, y compris tous les autres animaux, pas à une seule personne. Par le passé, après s’être occupés du troupeau, les Chiens Finnois de Laponie vivaient dans la tente avec la famille. De plus, ils travaillaient à la base en meute donc ils sont très sociables.

Ils ont aussi ce petit côté joyeux, un peu clown. Avec eux la vie est belle et ils ont une joie de vivre qu’il ne faut pas casser en éducation coercitive. Ce sont des petits clowns qui apportent un sourire au quotidien.


Un autre avantage qui m’avait conquise est qu’ils ne sont pas très grands. D’une part, ce n’est pas pareil d’éduquer un chien de 50 kg qu’un chien de 15 à 20 kg. D’autre part, c’est plus pratique, par exemple pour le voyage. On peut plus facilement les emmener partout, faire beaucoup de choses avec eux.


Les Lapinkoira sont aussi des chiens robustes, qui ont peu de problèmes de santé. Ce sont des compagnons pour 14 ans, une vraie espérance de vie de chien, à la condition bien entendu de s’adresser à un élevage respectant les recommandations d’élevage du club de race et effectuant l’ensemble des dépistages demandés. Aujourd’hui, le Chien Finnois de Laponie est encore peu présent en France. Il est très courant de devoir patienter sur une liste d’attente quelques temps pour avoir un chiot issu d’un élevage respectueux.


Et pour finir ils ont ce côté tout en poil avec une certaine prestance. Bref, ce sont de beaux chiens friands d’aventure et avec un brin de zinzintitude. Certes, il y a l’entretien qui va avec mais finalement ça passe très bien car ils ne font que deux mues dans l’année.


Le Chien Finnois de Laponie devient un peu à la mode, non ?


Un peu. Ils ont beaucoup de qualités. Ils ne sont pas très grands, s’adaptent très bien, font de formidables compagnons pour les enfants et ont une santé rustique. Mais pour l’instant, on n’en voit pas beaucoup parce qu’il y a plus de demande que de naissances. Dans les bons élevages (ndlr : à distinguer des usines à chiens), il y a une attente d’un à deux ans.


Qu’est-ce que tu préfères chez tes Lapinkoira, qui fait que maintenant que tu les as, tu n’en changerais pas ?


Il y a la gaité au quotidien, mais j’ai conscience que ça existe aussi chez d’autres races. Au-delà de ça, il y a deux choses.


D’une part, le fait qu’ils adorent les autres animaux, les chiens, les chats…


D’autre part, leur indépendance. Ça ne veut pas dire qu’ils ne font pas de câlins mais que, quand ils te regardent, ils sont conscients de pouvoir faire autre chose que ce que tu leur demande. Quand ils veulent faire quelque chose, ils sont conscients de ne pas systématiquement avoir à demander à leur humain, où alors c’est qu’il y a un déséquilibre dans la relation, comme un hyper-attachement. La plupart du temps, on peut les voir réfléchir « ok, elle me demande ça, mais pourquoi ? ». Ils ne vont pas s’assoir juste pour les beaux yeux de la première personne venue.

Les Chiens Finnois de Laponie ont un libre arbitre qui, selon moi, fait que la relation est plus complète. Il faut la mériter, avoir une confiance, un équilibre. Et c’est ce que je recherchais : que le chien puisse avoir son individualité.

Par contre, qui dit libre arbitre dit personnalité où plus tu forces, plus il force. Or, ça ne sert à rien de forcer car on n’obtient rien, ou alors en cassant la relation. Il ne faut pas partir dans l’idée de lui apprendre 36000 trucs en forçant mais ne pas hésiter à faire appel à un éducateur bienveillant qui va aider à tisser une relation.

Attention ça ne veut pas dire qu’ils sont dur d’oreille. On retrouve les Lapinkoira dans une myriade d’activités différentes le sourire aux babines.


A quel type de personnes conseillerais-tu d’adopter un Chien Finnois de Laponie ?


A des personnes qui ont envie de s’investir dans des activités avec leur chien et de partager son quotidien avec un lui. A des personnes qui ne sont pas absentes de 8h à 19h toute la semaine. La présence d’un autre animal est appréciée, mais pas indispensable. En cas d’absence dans la journée, il faut avoir conscience que le chien aura besoin que quelqu’un (le propriétaire, un proche, un pet Sitter,…) passe faire une coupure.


Dans le cas où les propriétaires ont un jardin, il est important que le terrain soit clôturé. Le Chien Finnois de Laponie n’est pas particulièrement fugueur mais s’il n’y a pas de clôtures et qu’il aperçoit un mulot ou un lapin, il ne dira pas non à partir les attraper.


Et puis de manière plus générale, un chien est un engagement sur une quinzaine d’années. C’est un investissement en temps et en argent. Un chien et particulièrement un chiot c’est à la fois beaucoup de travail et un concentré de bonheur au quotidien.


A l’inverse, à qui le déconseillerais-tu ?


D'une part, aux paysagistes, aux gens qui sont très consciencieux avec leur jardin. Les Lapinkoira sont des chiens qui creusent. C’est dans leurs gènes puisque dans la neige, il fallait creuser pour se protéger du froid. C’est un de leurs besoins naturels. Dans mon jardin, il y a une zone où ils ont le droit de creuser mais ailleurs c’est interdit. Souvent chez les propriétaires de finnois, les plantes dangereuses ou précieuses sont protégées par un grillage.


Et ensuite, aux gens qui ne supportent pas du tout les aboiements. En effet, ce sont des chiens de troupeau qui travaillent en aboyant, contrairement aux border collies par exemple, qui travaillent avec l’œil. Ce sont aussi des chiens d’alerte, ils ne gardent pas vraiment car ils sont très joviaux avec les étrangers, mais ils donnent l’alerte. Il est possible de les éduquer à ne pas trop aboyer. Le but de l’éducation ici est de faire en sorte que l’aboiement ne soit pas frénétique, mais il ressortira fréquemment dans le jeu ou certaines activités. Ce sont des chiens qui parlent beaucoup. Selon la génétique le travail est plus ou moins important, mais ça s’éduque très bien. Chez moi, dans la maison, il n’y a pas un aboiement, mais si quelqu’un arrive, s’ils jouent ou s’ils ont des choses à se dire, ils s’expriment. En revanche, c’est possible de les avoir en appartement car ils sont très calmes en intérieur à condition bien entendu de les sortir suffisamment.


Quelles activités peut-on pratiquer avec des Chiens Finnois de Laponie ?


Ce sont des chiens très polyvalents. Certains sont plus trapus que d’autres donc il faut en discuter avec l’éleveur si on veut faire de l’agility par exemple pour être dirigé vers un chiot plus sportif.

En Finlande, certains font même des compétitions de chiens de sécurité, de chiens de police. Ils veulent juste faire des choses avec l’humain et ont besoin de dépense mentale. Pour vous donner une idée, à la maison nous faisons régulièrement du vélo avec les chiens en liberté, du mantrailing (recherche de personne), de la conduite sur troupeau et de la médiation animale. Je sais que certains finnois ont brillé en obérythmée, en agility et en canicross.


Quel mode de vie faut-il avoir pour adopter un Chien Finnois de Laponie ?

La question que je pose aux familles qui me contactent c’est « combien de temps vous pensez le laisser seul ? ». Si c’est huit à dix heures d’absence par jour, cinq jours par semaine, ce n’est vraiment pas idéal. Ça ne veut pas dire que les personnes travaillant à temps plein ne peuvent pas avoir de Lapinkoira. Il est possible de s’organiser pour qu’un membre de la famille revienne le midi manger à la maison, qu’il soit sorti au moins une fois par jour faire un petit tour (se balader avec les copains, aller chercher les enfants à l’école, aller chercher le pain, etc.) et que le week-end il parte en grande balade ou faire un peu de sport. Dans le cas d’absences longues et récurrentes, ce qui peut arriver sur les 14 ans d’espérance de vie d’un Finnois, il existe aussi des Pet Sitter ou pensions à la journée pour occuper ces petits zinzins.


Est-ce que ce sont des chiens qui demandent beaucoup d’entretien ?


Les Lapinkoira sont des chiens robustes et avec une bonne santé. Ce ne sont pas des gros mangeurs et généralement ils se régulent plutôt bien : souvent ils mangent moins l’été.

Au niveau entretien c’est surtout le poil : un brossage par semaine suffit en dehors des mues. Il y a 2 périodes de mues par an et il faut alors soit faire un brossage quotidien, soit, une à deux fois dans la période, passer le chien au pulseur (ndlr : sorte de sèche-cheveux puissant spécial chien) qui permettra de faire respirer la peau et d’enlever les poils morts, ou avoir recours à un toiletteur. Petite précision pour le pulseur : il vaut mieux faire ça à l’extérieur car ça envoie des poils partout !

Attention il ne faut jamais tondre leur toison de poils. Celle-ci sert aussi bien à les isoler du froid qu’à les protéger de la chaleur en été.


Et pour finir, comment choisir un élevage de Chiens Finnois de Laponie ?


Le plus important à faire est de demander les résultats des tests de santé des parents, et ne pas se contenter d’une sorte de certificat vétérinaire.

Ensuite il faut demander à visiter l’élevage. Ça montre aussi à l’éleveur la motivation de la famille. Pour les finnois, il faut être patient et ne pas hésiter à faire des kilomètres.

Et bien sûr, il faut se renseigner sur la race et comparer les élevages pour trouver celui qui conviendra le mieux à la personnalité et aux projets de la famille pour leur chien.


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Voilà pour cette petite interview sur le Chien Finnois de Laponie. J’espère qu’elle vous aura permis d’en apprendre un peu sur ces petits clowns.


Si la race et le travail de Fleur vous intéressent, vous pouvez visiter la page Facebook de la Maison des Pehmokoiran ou le site internet de la Maison des Pehmokoiran.


Je vous invite également à visiter le site suivant : https://lapinkoiraelevaget.wixsite.com/infos issu de la collaboration d’éleveurs de Chiens Finnois de Laponie qui se sont unis dans une démarche éthique de recherche de qualité et de transparence. En plus de donner accès à la liste des éleveurs du collectif, il vous apporte quelques clefs sur la façon de choisir un élevage sérieux.


Enfin, un dernier site à consulter lorsque vous cherchez à acheter un chiot est celui de LOF Select (https://www.centrale-canine.fr/lofselect), un site de la Société Centrale Canine sur lequel vous pouvez, à partir du nom des parents, accéder notamment aux résultats des tests de santé.


Interview et article réalisés par : ML & Chiens, éducatrice comportementaliste canin

Crédit photo : La Maison des Pehmokoiran

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